METAMORPHOSIS

Chorégraphie de Bartabas pour l’Académie du spectacle équestre de Versailles

METAMORPHOSIS
Académie du spectacle équestre de Versailles, Grand Palais, Paris, 2014.
© Arter – François Tomasi

Extrait du Texte de Jérôme Garçin

C’est une immense armée qui dormait, immobile, impassible, dans des fosses profondes où elle veillait, depuis plus de vingt siècles, le premier empereur chinois dont la gloire posthume exigeait une parade militaire grandiose et dont l’effroi de se retrouver seul pour l’éternité réclamait la compagnie d’une garde rapprochée.

Bien avant d’être inhumé, en 210 avant Jésus-Christ, dans un mausolée situé à l’est de la ville de Xian, et qui s’étend sur quelque cinquante-six kilomètres, l’intraitable Qin Shi Huangdi, auquel on doit l’édification de la Grande Muraille et la réunification du pays, fit donc sculpter en terre cuite toute son armée, généraux compris, et ordonna qu’on la dispose autour de son monumental tombeau.

Soit des milliers de guerriers et de chevaux grandeur nature, tous différents les uns des autres, y compris les traits du visage, et formant d’impeccables légions dans les entrailles glaiseuses de la province du Shaanxi.

Il fallut, en 1974, que des paysans creusent un puits dans leur champ pour que surgisse soudain, à la lumière du jour, cette fantastique armée impériale figée dans l’argile, parfois recouverte de laques dont les couleurs avaient passé, et augmentée de chars de combat en bronze doré, d’épées, d’armures, de casques, de caparaçons, de harnais. Avec les quelque huit mille cavaliers, fantassins, archers, arbalétriers et palefreniers, on découvrit également les restes des artisans de la nécropole qui avaient été emmurés. Quarante ans exactement après que ces cavaliers et ces destriers silencieux ont recouvré la liberté et découvert, comme tétanisés, le fracas du monde moderne, Bartabas – qui n ’a pas lu en vain Victor Segalen (l’auteur des Immémoriaux, qu’il a si bien célébrés et calligraphiés au Châtelet dans Entr’aperçu, s’était en effet rendu, en 1914, sur le tombeau de l’empereur Qin) – leur ouvre les portes majestueuses du Grand Palais.